Le procès de l’assassinat de Federico Martin Aramburu est entré dans sa dernière ligne droite à la cour d’assises de Paris. Plus de quatre ans après la mort de l’ancien international argentin de rugby, survenue à Paris le 19 mars 2022, l’accusation a présenté ses réquisitions contre les principaux accusés.
Le mercredi 23 septembre 2026, l’avocat général Philippe Courroye a demandé une peine de 27 ans de réclusion criminelle contre Loïk Le Priol, poursuivi pour assassinat, et 20 ans contre Romain Bouvier, jugé pour tentative d’assassinat. Il a également demandé des peines concernant deux autres personnes poursuivies dans le dossier.
Un procès très suivi à Paris
Le procès s’est ouvert le 7 septembre devant la cour d’assises de Paris et s’est déroulé sur plusieurs semaines. Il porte sur les circonstances de la mort de Federico Martin Aramburu, ancien joueur de l'équipe d'Argentine de rugby, tué par balles dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés.
Les deux principaux accusés, Loïk Le Priol et Romain Bouvier, contestent notamment l'intention homicide retenue par l'accusation. Le Priol reconnaît avoir tiré, mais affirme avoir agi dans un contexte de confrontation et de défense. Bouvier, de son côté, conteste la qualification d'assassinat et reconnaît des violences avec arme.
La cour doit donc examiner les faits mais également déterminer leur qualification pénale et les responsabilités individuelles de chacun.
Une nuit de mars 2022 devenue le centre du procès
Les faits remontent au petit matin du 19 mars 2022.
Une altercation avait éclaté quelques minutes auparavant dans un établissement parisien entre Federico Aramburu, son ami Shaun Hegarty et plusieurs hommes. La situation s'est ensuite poursuivie dans les rues du quartier.
Les investigations ont notamment permis d'examiner des images de vidéosurveillance ainsi que des enregistrements sonores réalisés à proximité de la scène.
Au cours des audiences, les enquêteurs ont présenté leur analyse de la succession des tirs. Selon l'un d'eux, les deux hommes seraient repartis à la recherche des rugbymen après la première confrontation. Cette interprétation est contestée par les défenses des accusés.
Dix coups de feu au cœur des débats
L'un des moments importants du procès a été l'étude des enregistrements correspondant aux tirs.
Les enquêteurs ont expliqué à la cour que les armes utilisées avaient été entièrement vidées : quatre tirs pour l'arme attribuée à Romain Bouvier et six pour celle de Loïk Le Priol.
Cette séquence a été utilisée par l'accusation pour soutenir l'idée d'une volonté de tuer. La défense a, elle, contesté l'interprétation qui pouvait être faite de ces éléments et a maintenu ses propres explications concernant le déroulement de la confrontation.
La question de l'intention est essentielle puisque la qualification d'assassinat suppose notamment la préméditation.
Le passé des deux accusés également examiné
Les audiences ont également largement porté sur le parcours de Loïk Le Priol et de Romain Bouvier.
Les deux hommes avaient appartenu au Groupe Union Défense (GUD), un groupuscule étudiant d'extrême droite qui a été dissous en 2024. Leur passé militant et certaines violences antérieures ont été évoqués au cours des débats.
Pour l'accusation, ces éléments permettent notamment de replacer les faits dans le parcours des deux accusés. Les avocats de la défense ont, de leur côté, contesté certaines interprétations de leur passé et cherché à présenter les personnalités des accusés dans leur ensemble.
Cette question a occupé une place importante alors que la cour doit également apprécier les personnalités et les parcours individuels des personnes jugées.
Les proches de Federico Aramburu à la barre
Les témoignages de la famille et des proches de Federico Aramburu ont constitué un autre moment fort du procès.
Sa mère, sa veuve et plusieurs de ses amis ont évoqué l'ancien joueur, sa carrière sportive et sa vie après le rugby professionnel.
Federico Aramburu avait notamment porté le maillot de l'équipe d'Argentine et était devenu une figure connue du rugby français après son passage dans plusieurs clubs, dont Biarritz.
Ces témoignages ont permis de rappeler que derrière le dossier judiciaire se trouve également la disparition d'un homme, d'un père et d'un ancien sportif dont la mort avait profondément marqué le monde du rugby.
Le réquisitoire de Philippe Courroye
Après treize journées d'audience, l'avocat général Philippe Courroye a présenté son réquisitoire le 23 septembre.
Pendant plusieurs heures, il a défendu la thèse d'une action préméditée et a demandé à la cour de retenir l'assassinat concernant Loïk Le Priol et la tentative d'assassinat concernant Romain Bouvier.
Le ministère public a ainsi requis :
27 ans de réclusion criminelle contre Loïk Le Priol ;
20 ans de réclusion contre Romain Bouvier ;
3 ans de prison, dont 12 mois avec sursis, contre Lyson R., pour les faits retenus concernant la dissimulation de preuves ;
3 ans de prison, dont 24 mois avec sursis, contre Antony S., également pour des faits liés à la soustraction, au recel ou à la destruction de preuves.
Concernant Lyson R., l'avocat général a demandé qu'elle soit acquittée de l'accusation de complicité de tentative d'assassinat, tout en retenant contre elle la question de la dissimulation de preuves.
Pourquoi les réquisitions ne constituent pas encore le verdict
Les demandes du ministère public constituent une étape importante du procès, mais elles ne préjugent pas de la décision finale.
La cour d'assises doit encore entendre les plaidoiries de la défense avant de délibérer. Les magistrats et les jurés devront ensuite déterminer les responsabilités pénales et les éventuelles peines.
Les deux principaux accusés encourent théoriquement la réclusion criminelle à perpétuité pour les qualifications criminelles qui leur sont reprochées, mais les peines finalement prononcées peuvent être différentes des réquisitions du parquet.
Un verdict attendu le 25 septembre
Après les dernières plaidoiries, la cour doit se retirer pour délibérer.
Le verdict est attendu vendredi 25 septembre 2026, au terme de ce procès consacré à la mort de Federico Martin Aramburu.
Cette décision permettra de clore la phase judiciaire de l'affaire après plus de quatre ans d'enquête, d'instruction et de débats.
Une affaire qui dépasse le monde du rugby
La disparition de Federico Aramburu avait provoqué une vive émotion en France et en Argentine. Ancien international, joueur passé notamment par le Biarritz Olympique, il était également installé professionnellement à Paris.
Le procès a progressivement dépassé la seule question sportive pour devenir un dossier judiciaire portant sur la violence, les parcours individuels des accusés, leurs relations avec des milieux d'ultradroite et la question centrale de l'intention homicide.
Les dernières audiences ont ainsi concentré les débats sur les faits de mars 2022, les éléments matériels recueillis par les enquêteurs et les différentes versions défendues par les accusés.
Ce qu'il faut retenir du procès Aramburu
À l'approche du verdict, plusieurs éléments structurent le dossier.
Le premier concerne la qualification pénale des faits reprochés aux deux principaux accusés. Le second porte sur la question de la préméditation et de l'intention de tuer. Le troisième concerne les responsabilités individuelles des autres personnes poursuivies pour des faits liés à la dissimulation de preuves.
Les réquisitions du 23 septembre ont marqué une étape majeure : 27 ans ont été demandés contre Loïk Le Priol et 20 ans contre Romain Bouvier.
Mais la décision appartient désormais à la cour d'assises de Paris.
Le verdict attendu le 25 septembre doit donc apporter la conclusion judiciaire à une affaire qui a profondément marqué le rugby français et argentin, quatre ans après la mort de Federico Martin Aramburu.
