Panneaux solaires en Dordogne : un projet agrivoltaïque de près de 50 hectares divise un village

À Saint-Priest-les-Fougères, en Dordogne, un important projet agrivoltaïque suscite une vive opposition locale. Prévu à cheval sur deux communes, le parc pourrait occuper près de 50 hectares d’emprise clôturée. Entre production d’énergie renouvelable, activité agricole et préservation des paysages, le dossier cristallise les inquiétudes dans ce territoire rural du Périgord vert.

À première vue, Saint-Priest-les-Fougères ressemble au village rural que l’on imagine en venant découvrir le Périgord vert. La commune compte environ 400 habitants et se situe dans le nord de la Dordogne, à proximité du Limousin.

Mais depuis plusieurs mois, un projet énergétique de grande ampleur vient bouleverser les discussions locales.

Le projet agrivoltaïque de Puyssibot, développé sur les communes de Saint-Priest-les-Fougères et de Saint-Pierre-de-Frugie, prévoit l’installation d’une centrale solaire d’une puissance d’environ 19,94 MWc.

Son emprise clôturée est annoncée à 49,89 hectares. Le projet comprendrait quelque 32 697 modules photovoltaïques et une production annuelle estimée à près de 29,6 GWh.

Un chiffre qui impressionne dans une commune de petite taille.

Mais derrière les hectares annoncés se trouve une réalité plus complexe : le projet est présenté comme une installation agrivoltaïque destinée à maintenir une activité d’élevage tout en produisant de l’électricité renouvelable.

Près de 50 hectares d'emprise, mais pas 50 hectares de panneaux

Une précision est importante pour comprendre le dossier.

Les 49,89 hectares correspondent à l’emprise clôturée du projet. La surface projetée au sol des modules photovoltaïques est estimée à environ 8,8 hectares dans les documents administratifs.

La centrale compterait également environ 1 230 structures porteuses et serait équipée de panneaux bifaciaux.

Le développeur Enoé présente le projet comme une installation conçue autour de l'élevage bovin et ovin. Selon l'entreprise, les animaux pourraient pâturer sous les structures photovoltaïques, tandis que les panneaux offriraient notamment des zones d'ombre pendant les périodes chaudes. Une mise en service est actuellement annoncée pour 2028.

C'est précisément cette coexistence entre agriculture et production d'électricité qui est au cœur du débat.

Pourquoi le projet provoque-t-il autant de réactions ?

Pour les opposants, la question dépasse la simple installation de panneaux solaires.

Ils s'interrogent sur l'ampleur du projet, son impact visuel, la transformation des paysages et l'utilisation de terres agricoles pour produire de l'électricité.

La Communauté de communes Périgord-Limousin a elle-même évoqué dans ses délibérations plusieurs points de vigilance, notamment l'impact paysager et certaines questions environnementales liées au site.

Le débat intervient également alors que les élus locaux travaillent sur leur futur document d'urbanisme intercommunal.

La collectivité explique vouloir mieux encadrer les installations photovoltaïques et l'agrivoltaïsme afin de préserver les paysages, la biodiversité et la sobriété foncière.

Les élus locaux ont exprimé leur opposition

Le projet ne rencontre pas seulement l'opposition de riverains.

Le 13 avril 2026, le conseil municipal de Saint-Priest-les-Fougères a adopté une délibération exprimant une opposition ferme au projet. Quelques semaines plus tard, le conseil municipal de Saint-Pierre-de-Frugie a également rendu un avis défavorable.

La Communauté de communes Périgord-Limousin a ensuite voté à l'unanimité un avis défavorable sur les deux permis de construire concernés.

Elle a demandé à la préfète de considérer un sursis à statuer, notamment dans l'attente de l'avancement du futur PLUi et de ses orientations consacrées aux énergies renouvelables.

Le dossier est donc loin d'être une simple décision locale déjà actée.

Un projet présenté comme une nouvelle forme d'agriculture

Du côté du porteur du projet, le discours est différent.

Enoé présente le parc de Puyssibot comme un projet destiné à accompagner des exploitations d'élevage bovin et ovin. L'entreprise affirme que les installations ont été pensées en fonction des besoins des animaux, notamment pour l'accès à l'eau et les conditions de pâturage.

Le développeur estime également que la centrale pourrait produire suffisamment d'électricité pour représenter la consommation annuelle de plusieurs milliers de foyers.

Le projet est donc défendu comme une combinaison entre production agricole et production d'énergie renouvelable, plutôt que comme une centrale solaire classique installée sur une terre abandonnée.

Cette distinction est importante dans le débat français sur l'agrivoltaïsme.

Quand les panneaux arrivent dans le paysage rural

Pour les habitants, cependant, les chiffres de puissance ou de production ne résument pas la question.

Dans un village d'environ 400 habitants, une infrastructure couvrant une emprise proche de 50 hectares peut modifier profondément la perception du paysage.

Les clôtures, les équipements électriques et les structures photovoltaïques sont autant d'éléments qui doivent être intégrés dans un environnement jusqu'ici principalement agricole et boisé.

C'est pourquoi l'impact paysager figure parmi les principales préoccupations exprimées dans les documents des collectivités.

La question de la visibilité depuis les habitations et les hameaux fait d'ailleurs partie des critères que les élus souhaitent davantage prendre en compte dans leur future politique d'aménagement.

Agriculture, énergie et foncier : le vrai débat

Le dossier de Saint-Priest-les-Fougères illustre une difficulté plus large.

La France cherche à accélérer le développement des énergies renouvelables, notamment du solaire photovoltaïque. Dans le même temps, les territoires ruraux cherchent à préserver leurs terres agricoles, leurs paysages et leur identité.

L'agrivoltaïsme se situe précisément à l'intersection de ces deux objectifs.

Sur le papier, l'idée est de faire coexister une activité agricole avec la production d'électricité. Dans la pratique, chaque projet doit répondre à des questions très concrètes : quelle activité agricole sera réellement maintenue ? Quelle sera l'emprise des installations ? Quels seront les effets sur le paysage ? Que deviendront les équipements à la fin de leur exploitation ?

Dans le cas de Puyssibot, la question du démantèlement et de la remise en état des terrains fait également partie des sujets soulevés par les collectivités.

Un dossier qui n'est pas encore terminé

Contrairement à ce que certaines publications peuvent laisser penser, les panneaux ne sont pas encore installés autour du village.

Le projet est toujours en phase administrative et son avenir dépend notamment de l'instruction des autorisations nécessaires.

Le développeur annonce une mise en service en 2028, mais plusieurs collectivités ont exprimé leur opposition ou leurs réserves.

Le futur PLUi de la Communauté de communes Périgord-Limousin doit également jouer un rôle dans la manière dont les projets d'énergies renouvelables seront encadrés sur le territoire.

Saint-Priest-les-Fougères, symbole d'un débat national

Le cas de cette petite commune de Dordogne dépasse finalement son territoire.

Partout en France, le développement du solaire pose la même question : comment produire davantage d'électricité renouvelable sans transformer les campagnes au point de fragiliser les activités agricoles et les paysages qui font leur identité ?

À Saint-Priest-les-Fougères, la réponse est loin de faire consensus.

Le projet de Puyssibot pourrait apporter une production importante d'électricité renouvelable et maintenir une activité d'élevage selon son promoteur. Mais son ampleur et son intégration dans le paysage suscitent une opposition clairement exprimée par plusieurs élus locaux.

Pour les habitants, le débat ne porte donc pas uniquement sur les panneaux solaires. Il concerne aussi l'avenir de leur village, l'utilisation des terres et la manière dont la transition énergétique doit être menée dans les territoires ruraux.

Le dossier de Saint-Priest-les-Fougères est désormais suivi de près, et les prochaines étapes administratives permettront de déterminer si cette centrale agrivoltaïque verra réellement le jour.