Les perturbations du transport maritime en mer Noire compliquent les importations de blé de l’Égypte et font grimper les coûts. Le pays cherche désormais à diversifier ses fournisseurs tout en renforçant ses réserves stratégiques.

L’Égypte fait face à une nouvelle pression sur son approvisionnement en blé. Les attaques et les perturbations qui touchent les infrastructures céréalières et le transport maritime en mer Noire ralentissent les livraisons et entraînent une hausse des coûts de transport.

Cette situation est particulièrement sensible pour l’Égypte, qui reste l’un des principaux importateurs mondiaux de blé et dépend fortement des fournisseurs de la région de la mer Noire, notamment la Russie et l’Ukraine.

Des importations égyptiennes en baisse en 2026

Malgré cette forte dépendance aux importations, la production nationale de blé égyptien devrait progresser en 2026.

Selon des données relayées par le Centre d’information du gouvernement égyptien et basées sur les estimations de la FAO, la production nationale devrait atteindre environ 10,2 millions de tonnes en 2026, contre 9,4 millions de tonnes en 2025.

Cette progression contribue à réduire les besoins d’importation. Les importations de blé de l’Égypte devraient ainsi atteindre environ 12,5 millions de tonnes en 2026, contre près de 13,2 millions de tonnes l’année précédente.

Mais cette baisse ne signifie pas que le pays est devenu moins exposé aux tensions internationales. Le blé reste une denrée stratégique pour l’Égypte, notamment pour le système de pain subventionné.

Le prix du blé russe augmente

Les perturbations de la mer Noire ont déjà eu des conséquences sur les prix payés par les importateurs.

Selon des acteurs du marché cités par plusieurs médias spécialisés et économiques, le prix du blé russe livré en Égypte a atteint récemment environ 315 à 320 dollars la tonne, contre des niveaux nettement inférieurs quelques mois auparavant.

La hausse ne concerne pas uniquement le prix de la céréale. Les coûts de transport maritime ont également fortement augmenté.

Les expéditions depuis les ports ukrainiens sont particulièrement touchées. Les routes alternatives passant par le Danube connaissent notamment des problèmes de congestion, avec des délais de livraison qui se sont allongés et des coûts de fret qui ont fortement progressé.

La mer Noire reste essentielle pour l’Égypte

La Russie et l’Ukraine occupent depuis plusieurs années une place centrale dans l’approvisionnement du marché égyptien en blé.

Cette proximité géographique permet généralement aux importateurs de bénéficier de coûts logistiques compétitifs. Mais la multiplication des attaques contre les ports, les navires et les infrastructures céréalières change progressivement les conditions du marché.

La disponibilité des navires devient également un problème.

Certains armateurs et équipages hésitent désormais à opérer dans les zones considérées comme présentant un risque accru. Pour les importateurs égyptiens, le problème n’est donc pas seulement de trouver du blé, mais aussi de pouvoir le transporter jusqu’aux ports égyptiens dans des conditions économiques acceptables.

La Roumanie et la Bulgarie parmi les alternatives

Face aux difficultés rencontrées sur les routes traditionnelles, les acheteurs cherchent de nouvelles origines.

La Roumanie et la Bulgarie font partie des fournisseurs européens susceptibles de jouer un rôle plus important dans les prochains mois. La France peut également constituer une source alternative, même si les caractéristiques du blé français ne correspondent pas toujours aux préférences de certains acheteurs égyptiens.

L’objectif du pays est donc de diversifier ses approvisionnements sans faire exploser les coûts.

Cette stratégie pourrait également devenir plus importante si les perturbations de la mer Noire se prolongent.

L’Égypte veut renforcer ses réserves

Les autorités égyptiennes cherchent parallèlement à sécuriser les stocks disponibles sur le marché intérieur.

Selon des informations publiées fin septembre, l’Égypte prévoit d’importer environ 2,5 millions de tonnes de blé jusqu’en mars 2027.

Le programme prévoit notamment des achats de l’ordre de 300 000 à 350 000 tonnes en octobre, puis environ 500 000 tonnes en novembre et en décembre.

Les autorités souhaitent également diversifier les origines des importations, avec des achats pouvant provenir de Russie, d’Ukraine, de France et des États-Unis.

Cette politique vise à limiter l’exposition du pays aux perturbations d’une seule région exportatrice.

Quel impact sur le prix du pain en Égypte ?

Le blé occupe une place particulière dans l’économie égyptienne en raison de son rôle dans la production du pain.

La production locale permet déjà de réduire une partie de la dépendance aux marchés internationaux. Le gouvernement a également renforcé ses achats auprès des agriculteurs égyptiens.

Mais une hausse prolongée des prix internationaux et du transport pourrait augmenter les coûts pour les meuniers et les fabricants de produits à base de farine.

Les premières tensions se font déjà sentir sur certains segments du marché de la farine et du pain non subventionné.

Pour le pain subventionné, l’enjeu est encore plus important. Le programme de pain baladi constitue un élément central de la politique alimentaire égyptienne et concerne des dizaines de millions de personnes.

Vers une diversification durable des fournisseurs ?

La question dépasse désormais la seule crise actuelle.

Si les conditions de navigation en mer Noire se normalisent, les importateurs égyptiens pourraient continuer à privilégier la Russie et l’Ukraine en raison de leurs prix et de leur proximité.

Mais si les risques maritimes persistent, l’Égypte pourrait accélérer la diversification de ses fournisseurs et renforcer ses achats auprès d’autres producteurs.

Cette évolution aurait un coût. Les sources alternatives peuvent être plus éloignées ou proposer des prix différents, ce qui pourrait maintenir une pression sur les dépenses d’importation.

La stratégie égyptienne repose donc sur un équilibre entre trois objectifs : augmenter la production nationale, maintenir des stocks stratégiques suffisants et diversifier les sources d’approvisionnement.

Un enjeu qui dépasse l’Égypte

Les difficultés rencontrées par l’Égypte illustrent plus largement la vulnérabilité du commerce mondial des céréales face aux risques géopolitiques.

La mer Noire constitue l’une des principales zones d’exportation de blé au monde. Lorsque les ports, les navires ou les routes commerciales sont perturbés, les conséquences peuvent rapidement se transmettre aux marchés internationaux.

Début octobre 2026, la FAO a d’ailleurs signalé une forte progression de son indice mondial des prix alimentaires en septembre, tandis que les prix des céréales ont également augmenté dans un contexte marqué notamment par les perturbations commerciales en mer Noire.

Pour l’Égypte, l’enjeu sera désormais de déterminer si les perturbations actuelles restent temporaires ou si elles annoncent une transformation plus durable de sa stratégie d’approvisionnement en blé.